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La longue route!


Jours 1 et 2:  A la recherche des alizés

Et on les a trouvés, ces vents réguliers en force et en direction qui ceinturent l’équateur au Nord (ils soufflent du NE) et au Sud (ils soufflent du SE). Bon, c’est la théorie, en pratique c’est souvent plus compliqué, car ils sont souvent “absents”, trop forts, trop faibles,  ailleurs….bref c’est du “bateau”!

Depuis les Galapagos, situés à l’équateur, il faut descendre en latitude, en rallongeant au minimum la route. Presque 2 jours d’efforts, à coup de voile pur, de “voile-moteur” ou de moteur, en économisant le carburant, car la route est longue…..mais depuis la nuit dernière nous les tenons…mais pour combien de temps?

Jour 0 : 2963 milles jusqu’à HivaOa (5500km) 
Jour 1-2: reste 2720 milles, 294 milles parcourus

Jours 3 et 4 : Belle avancée

100 milles en 12 heures en journée samedi et en tout, 362 milles pour ces 2 jours: une belle avancée dans un désert de bleu ciel et de bleu mer!

Seuls signes de vie, les poissons volants qui sautent sur le tatamis ou se fracassent contre le pare-brise! Aucun volatile, comme on en avait l’habitude.

Nous décrivons une trajectoire très “Sud”, sur les conseils de notre
routeur Michel, pour aller chercher le vent le plus établi et le plus fort pour la suite de la route.

Jours 3-4: 571 milles sur la route et 645 milles parcourus,
reste 2392 milles!

Jours 5-6-7 : Le désert

Y a-t-il d’autres habitants sur cette planète que des poissons volants? A côté du Pacifique, le désert de Gobbi, c’est les Rues Basses de Genève un jour d’achats de Noël!
Après une semaine de mer, nous n’avons croisé qu’un bateau, sans le voir d’ailleurs. Le premier “terrien” est maintenant le gardien des statues de l’île de Pâques à 2000 km au Sud!

Jours 5à7: 500 milles parcourus pour un total de 1144 en 1 semaine dont

1053 sur la route directe, reste 1910 milles

Jours 8-9-10 : C’est dimanche!

C’est dimanche et l’alizé a décidé de se reposer, 10 noeuds de vent très”portant”, on ne va pas battre des records de vitesse avec nos 2 voiles, génois et gennaker en ciseaux.

L’essentiel pour ce jour: nous avons cessé de nous éloigner, on se
rapproche, modestement à 5 noeuds, mais on se rapproche, puisque l’on a, cette nuit, dépassé la moitié du parcours!
Il ne reste que la bagatelle de 2600km, de quoi nous occuper les 10
prochains jours!

Jours 8à10: 471 milles parcourus pour un total de 1615 en 10 jours dont 1520 sur la route directe, reste 1443 milles!

Mail par téléphone iridium Heure Locale:11h00 (19h00 à Genève)

Jours 11-12: Une nuit de mer

Avec les jours qui passent, le vent, s’il n’est pas toujours dans la
direction désirée, il est à nouveau bien présent.
Nous composons avec lui…jour et nuit.
Juste un petit extrait des “Nuits de mer”, le journal nocturne d’Eliane…

Onze jours et onze nuits sur l’eau! Et vu aucune trace d’humain!
Aucun bateau à notre horizon! Même pas une voix à la radio! Rien!
C’est fou!
Pourtant, je veille, je regarde régulièrement…si jamais…
Ces dernières nuits, l’exercice est facile avec cette Lune qui remplace le Soleil. De toute façon, c’est un réflexe, balayer du regard le”bout” de l’eau…la quête de la rencontre…en vain!
Quelle force de caractère ces marins qui naviguent en solitaire pendant des semaines autour du globe!
Gérer tout seul les problèmes liés à la navigation, c’est une chose déjà pas facile du tout. Mais, tout simplement, pouvoir parler avec quelqu’un, exprimer ses joies, ses craintes, ses doutes, discuter des choix à faire, des menus à préparer, du livre lu, se raconter son quart…C’est chouette!
Communiquer avec son bateau …ça oui! Mais c’est tellement bon de partager des moments à deux dans ce monde inhumain!
Inhumain…peut-être, pourtant, cette nuit est absolument splendide!
Le ciel a son bleu soutenu, ses piqués d’étoiles, sa pleine Lune rognée lumineuse à souhait. L’océan diffuse une odeur sucrée chaude…comme si une tarte sortait du four…La houle qui nous pousse envoie brillamment et bruyamment des vagues par dessous les coques. Viramundo en rugit de plaisir et se tortille comme un ver!
C’est serein…à part le claquement sporadique des voiles et les vibations que cela entraîne!
C’est beau!
Inhumain tout de même!
Malgré le confot tout relatif de notre univers”catamaran”, il y a des envies de marcher dans une forêt bien verte, de respirer l’humus, de sentir la terre ferme, de croiser un promeneur…juste l’espace d’un instant…
Et le plus fort…il est certain que, dans quelques semaines, au jardin, je repenserai à tous ces moments extraordinaires de mer, de solitude, à ces instants forts de communion avec ce monde particulier, inhospitalier, seulement tolérant, à ces ciels magnifiques, uniques…
Justement…pour m’échapper du monde des humains…
Alors, c’est le moment d’emmagasiner toutes ces belles images de mer, de ressentir toutes ces émotions incroyables et de vivre pleinement cette immense traversée!
Toute seule aux commandes…encore quelques minutes…
Le Captain me rassurera dès mon quart fini.
C’est bon d’être à deux!

Jour 11-12 : 310 milles parcourus pour un total de 1’925 en 12 jours dont

1’828 sur la route directe, reste 1’135 milles

Jours 13-14:  Le vent!

Un autre extrait des “Nuits de mer”

Le vent, le vent, le vent…
Tout est une histoire de vent!
C’est lui qui nous mène en bateau…Il est le maître à bord. Il choisit son chemin et il décide de sa force.
Et nous?
Nous cherchons notre maître. Nous en avons besoin pour parcourir autant de milles avec un bateau à voiles. Grâce au vent, les moteurs se sont tus depuis bien longtemps!
Il est tellement maître à bord que nous ne parlons que de lui!
Que nous avons les yeux rivés sur l’anémomètre à longueur de jour et de nuit!
Que ses valeurs sont notées au moins toutes les heures dans le livre de bord!
Il est surveillé à chaque instant, surtout quand, comme actuellement,nous le recevons sut l’arrière du bateau et que nous risquons l’empannage.
Là, au milieu de la Terre, rien ne l’arrête…pas une seule montagne, pas même une petite île, aucune péninsule, rien!
Et il le sait! Alors, il en profite…il accélère, il ralentit son souffle à l’envi.
Et, cette nuit, je le trouve horriblement tuant!
Sous son influence, l’océan pulse une houle impressionnante,(2,8m selon la prévision du routeur),créée à des milliers de kilomètres; ajoutées à cela, les vagues écumeuses et terriblement bruyantes accentuent la puissance de l’eau et soulèvent des masses de molécules…
Viramundo, là-dessus, c’est un intrus, un minuscule bouchon à voiles!
Certes, il se défend super bien, il négocie avec souplesse son surf sur la houle, il accuse les claques des vagues et il reçoit des kilos d’embruns…il avance sur un tapis plein d’énormes creux et bosses!
Et sans aucun répit!
Ben, nos oreilles absorbent ce boucan, notre corps subit les mouvements de Viramundo jamais stable…fatigue, fatigue, fatigue!
Merci le vent!
C’est peut-être grâce à toi que l’on a retrouvé un ciel serein plein
d’étoiles qui ont accueilli Madame la demi-Lune à minuit!
Mais, en ce moment, tu fais fort, Eole!
Avec tes pointes jusqu’ 27 noeuds…,tu me mets la pression, et tu nous secoues tant et plus….à peine le temps d’admirer les astres de la nuit.
Quel dés…astre!!!
Magnifique la Grande Ourse! Bien visible! Tout comme Jupiter,juste au-dessus de la Lune! Le reste, je ne connais pas, malheureusement….
Avec mon logiciel du ciel, j’essaie d’identifier quelques uns des
“habitants” du ciel, mais je peine…cela bouge trop…les étoiles dansent dans mes yeux, ma tablette valse en l’air…
Merci le vent!

Jours 13-14: 334 milles parcourus pour un total de 2259 en 2 semaines dont
2158 sur la route directe, reste 805 milles

Il y a de la brise: 30,9 noeuds

Jours 15-16:   Tout va bien à bord!

Voilà 2 jours à chercher l’équilibre entre la voilure, la vitesse et le confort (très relatif)!
En effet l’alizé est toujours capricieux variant constamment, hier jusqu’à 32 noeuds et aujourd’hui, pour le moment, les conditions sont lémaniques (11-12 noeuds de vent d’Est).
L’Océan, lui est constant avec sa grande houle et les vagues du vent qui s’y rajoutent ( sans avoir la même direction) et pimentent la vie du bord!

Jours 15-16: 330 milles parcourus pour un total de 2590 en 16 jours dont
2481 sur la route directe, reste 478 milles.

Jours 17-18-19 :  Le sprint final

19 jours de traversée pour retrouver un univers horizontal et du calme!
La dernière nuit a été la plus intense et la plus angoissante avec de nombreux grains orageux dans une nuit très noire et sur une mer très formée…jusqu’à 35 noeuds de vent!
Nous sommes arrivés mardi matin ( décalage horaire avec la Suisse de 10 heures 30) au mouillage de la baie des Vierges, île de Fatu Hiva, un des plus mythiques de la planète! …des photos suivront…
Fatu Hiva, l’île des Marquises la plus Sud et, aussi, une des plus
sauvages, desservie par aucune liaison régulière.
Avant de rentrer en Suisse, fin mars, il nous reste à gagner Hiva Oa où Viramundo sera tiré à terre jusqu’en octobre.


Terre en vue, Fatu Hiva dans les nuages au petit matin

Bilan chiffré:

traversée en 19 jours – 3’060 milles, soit environ 5’700 kilomètres
5’500 km à la voile et 200 km à la voile-moteur (pour sortir de la zone de calme des Galapagos) sans voir aucun bateau!

Distance parcourue depuis notre retour au Panama en janvier:
4’230 milles, soit environ 7’850 kilomètres

Un seul problème technique sans conséquence…une fixation de coulisseau de grand voile à changer!
Un équipage fatigué, mais en forme et heureux !

Que demander de plus?

Merci Viramundo et IPP (le pilote automatique)

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